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Droit d’usufruit en Suisse : droits et obligations

env. 5 minutes de lecture En coopération avec Lukas Herren, Association des propriétaires immobiliers Berne et environs
Une mère et sa fille discutent, assises sur le canapé, de la transmission d'un bien immobilier au sein de la famille.

Il est possible de transmettre un bien immobilier à ses enfants tout en continuant à y vivre. Découvrez les différences entre le droit d’usufruit et le droit d’habitation, ainsi que leurs avantages et leurs conséquences.

Expert dans cet article

Lukas Herren

Lukas Herren
Association des propriétaires immobiliers Berne et environs

Lukas Manuel Herren est notaire et directeur général de l'Association des propriétaires immobiliers (HEV) de Berne et de ses environs. Il conseille les propriétaires de logements sur les questions relatives au droit immobilier, au droit successoral et au droit des biens, ainsi que sur tout ce qui concerne la propriété immobilière.

En un coup d'œil

  • Grâce au droit d’usufruit ou au droit d’habitation, vous pouvez céder votre maison à vos descendantes et descendants de manière anticipée tout en continuant à y vivre, ce qui vous protège ainsi, à un âge avancé, d’une vente forcée destinée à financer vos frais de soins.
  • Selon le canton, ces deux servitudes réduisent l’impôt sur les successions ou les donations, car le droit inscrit diminue la valeur du bien immobilier. Plus la personne bénéficiaire est jeune, plus la charge fiscale est faible.
  • La vente d’un bien immobilier assorti d’un droit d’usufruit ou d’un droit d’habitation est certes possible, mais guère réaliste dans la pratique, car les nouveaux propriétaires ne peuvent en faire qu’un usage fortement limité.
  • Le droit d’usufruit vous accorde davantage de droits que le droit d’habitation, comme la possibilité de louer le bien et de percevoir des revenus locatifs. Mais vous assumez en revanche  davantage d’obligations, telles que le paiement des intérêts hypothécaires, des assurances et des réparations importantes.
  • Avec le droit d’habitation, vous pouvez occuper vous-même le bien immobilier, mais vous ne pouvez ni le louer ni percevoir de revenus. En contrepartie, vos obligations financières sont moindres, se limitant principalement à l’entretien courant et aux charges.

Céder son logement à l'avance tout en continuant à y vivre

Personne ne le souhaite, mais souvent, à un certain âge, vous n’avez d’autre choix que d’emménager dans une maison de retraite. Cela coûte cher et peut contraindre les propriétaires immobiliers à vendre leur maison ou leur appartement. Pour vous protéger financièrement, vous pouvez transmettre votre bien immobilier à vos descendants tout en continuant à y vivre. Ainsi, personne ne peut les contraindre à vendre pour payer les frais de la maison de retraite, car la maison ou l’appartement ne leur appartient plus. C’est ce que permettent le droit d’usufruit et le droit d’habitation.

Réduire ses impôts grâce aux servitudes

Ces deux servitudes présentent un avantage : selon le canton, les descendants peuvent payer des droits de succession ou des droits de donation nettement moins élevés. Étant donné que les nouveaux propriétaires ne peuvent pas jouir pleinement du bien immobilier, car leurs parents y résident, sa valeur s’en trouve réduite. Les autorités calculent cette réduction de valeur en fonction de l’espérance de vie des ayants droit ou des usufruitiers et de la valeur de jouissance annuelle. Les autorités fiscales prennent ce montant réduit en compte pour calculer l’impôt sur les donations. Plus les ayants droit ou les usufruitiers sont jeunes, plus la charge fiscale est faible.

Vendre est pratiquement impossible

Une maison grevée d’un droit d’habitation ou d’un usufruit peut certes être vendue, mais cela n’arrive pratiquement jamais. « Tant qu’il y a d’autres maisons sur le marché, presque personne n’achètera une maison grevée d’un droit d’habitation ou d’un usufruit, car l’usage qui peut en être fait par les nouveaux propriétaires est fortement restreint », explique Lukas Manuel Herren, notaire à l’Association des propriétaires immobiliers de Berne et de ses environs.

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Droit d’usufruit ou droit d’habitation ?

Lukas Manuel Herren ne donne pas de conseils généraux sur les cas où il est recommandé de recourir à telle ou telle servitude : « Les parents et les enfants devraient examiner ensemble les possibilités qui s’offrent à eux et déterminer ce qui leur convient le mieux. » Le choix dépend de la situation financière et familiale. Il existe également de grandes différences, notamment en matière de droit d’habitation : « Les parents peuvent, par exemple, l’exercer à titre onéreux ou gratuit. » Cela signifie qu'ils paient ou non une indemnité d'occupation.

Avec l’usufruit, les parents ont plus de droits qu’avec le droit d’habitation. La variante la plus judicieuse dépend de la manière dont vous souhaitez utiliser la maison ou l’appartement après le transfert de propriété. Souvent, l’usufruit est plus judicieux. Par exemple, lorsque les parents louent la maison ou l’appartement et souhaitent vivre de ce loyer, voire payer leurs frais de maison de retraite. Ou lorsqu'ils ont suffisamment d’économies ou percevront une rente suffisante et souhaitent soulager financièrement leurs descendants. L’usufruit confère aux parents davantage de droits, mais aussi davantage d’obligations. Ils doivent par exemple payer les intérêts hypothécaires et les primes d’assurance. La décision dépend donc de la situation financière des parents et de la situation familiale.

Droit d’usufruit vs droit d’habitation

 

Droit d’usufruit

Droit d’habitation

Contenu

  • Les usufruitières et usufruitiers cèdent la propriété, mais peuvent continuer à utiliser le bien.
  • Transmissible, sauf s’il est constitué en tant que droit personnel.
  • Acte authentique, inscription au registre foncier.
  • Prend fin au décès de l’ayant droit.
  • Responsabilité pour les dommages (à l’exception de ceux résultant d’une utilisation conforme).
  • Les titulaires du droit d'habitation cèdent la propriété, mais peuvent occuper le bien ou une partie de celui-ci.
  • Personnel, non transférable.
  • Acte authentique, inscription au registre foncier.
  • Prend fin au décès des ayants droit.
  • Responsabilité pour les dommages (à l’exception de ceux résultant d’une utilisation conforme).

Droits

  • Les usufruitières et usufruitiers peuvent occuper personnellement le bien immobilier ou le louer.
  • Les usufruitières et usufruitiers ont droit aux revenus provenant de tiers (loyers, intérêts).
  • Les usufruitières et usufruitiers n’ont pas le droit de transformer le bien immobilier.
  • Les ayants droit au logement ne peuvent occuper le bien immobilier ou des parties de celui-ci que pour leur usage personnel; l’accueil de membres de la famille et de colocataires est autorisé, sauf convention contraire.
  • Ils n’ont pas droit aux revenus provenant de tiers.
  • Les ayants droit au logement n’ont pas le droit de transformer le bien immobilier.

Obligations

  • Les usufruitières et usufruitiers prennent en charge l’entretien, les intérêts hypothécaires, les assurances, les réparations importantes ainsi que les frais de chauffage et les charges, à l’exception des dommages résultant d’une utilisation normale.
  • Les résidentes et les résidents assument les frais d’entretien courant, de chauffage et les charges ainsi que les petites réparations, à l’exception des dommages résultant d’une utilisation normale.

 

Impôts

  • L’administration fiscale impose les usufruitières et usufruitiers sur la valeur officielle, la valeur locative (jusqu’à sa suppression en 2029) ou le revenu tiré du bien immobilier.
  • Déductions possibles pour les intérêts hypothécaires et l’entretien.

En cas de donation :

  • L’éventuel impôt sur les donations est réduit par la dépréciation.
  • L’administration fiscale impose les ayants droit au logement sur la valeur locative (jusqu’à sa suppression en 2029) et les propriétaires sur la valeur officielle.
  • Vous pouvez déduire les frais d’entretien.

En cas de donation :

  • La dépréciation réduit l’éventuel impôt sur les donations.

Questions fréquentes

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