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Interview sur les dangers naturels : identifier les risques et protéger votre logement

Interview env. 9 minutes de lecture En coopération avec Pierre Vanomsen, Assurance immobilière Bern (AIB)
Un orage accompagné de vents violents et de grêle s'annonce au-dessus d'un quartier résidentiel

De la protection contre la grêle à la prévention des inondations, en passant par les zones sismiques, les dangers naturels sont omniprésents dans le canton de Berne. Pierre Vanomsen, expert en dangers naturels chez AIB, nous explique comment les propriétaires immobiliers peuvent identifier ces risques et quelles mesures architecturales ou organisationnelles il convient de prendre.

Expert dans cette interview

Pierre Vanomsen Assurance immbilière Berne (AIB)

Pierre Vanomsen
Assurance immobilière Bern (AIB)

Pierre Vanomsen est responsable du service spécialisé dans les dangers naturels à l'Assurance immobilière Berne (AIB) et travaille depuis 20 ans dans le domaine des dangers naturels, en mettant l'accent sur la protection des personnes et des bâtiments.

En un coup d'œil

  • Les dangers naturels sont omniprésents dans le canton de Berne, qu’il s’agisse d’inondations, de grêle, de tempêtes ou encore de tremblements de terre. La majeure partie des dommages causés aux bâtiments est due aux inondations, au ruissellement, à la grêle et au vent.
  • Grâce aux cartes des dangers et aux cartes d’exposition, vous pouvez évaluer votre risque potentiel individuel, par exemple via les géoportails cantonaux ou des plateformes spécialisées. Elles indiquent le danger, mais ne reflètent pas automatiquement le risque réel pour votre bâtiment.
  • Les spécialistes considèrent le risque sismique comme particulièrement élevé en Suisse, même en dehors des Alpes. Sur une période de 100 ans, il faut s’attendre à des dommages importants aux bâtiments. Toutefois, ils ne sont généralement couverts que par des assurances complémentaires.
  • Une protection contre la grêle et les inondations commence dès la phase de conception, conformément aux normes SIA. Il est aussi possible de l’améliorer sur les bâtiments existants, par exemple grâce à des systèmes de commande automatisés pour les brise-soleil orientables, des travaux d’étanchéité ou des mesures préventives contre l’humidité. De nombreuses assurances immobilières cantonales soutiennent financièrement les mesures préventives.
  • Le changement climatique devrait entraîner des épisodes de fortes pluies plus fréquents et plus intenses, un ruissellement de surface accru et une augmentation des dommages. La prévention, les conseils d’experts et un concept de protection bien pensé contribuent à réduire les risques à long terme.

De nombreux propriétaires immobiliers se demandent dans quelle mesure leur maison est exposée aux dangers naturels. Quels moyens ont-ils pour s'informer sur leur risque individuel ?

La Suisse dispose d’un très bon système d’information sur les dangers naturels : chaque canton établit ses propres cartes des dangers, que le public peut consulter sur les géoportails cantonaux. En complément, il existe une carte nationale des risques liés au ruissellement de surface. Elle indique les zones susceptibles d’être inondées en cas de fortes pluies.

Le moyen le plus simple de vous informer consiste à consulter le site protection-dangers-naturels.ch Vous pouvez y saisir l’adresse du bâtiment concerné et obtenir un aperçu de toutes les informations pertinentes. Pour les propriétaires immobiliers du canton de Berne, le service spécialisé dans les dangers naturels de l’Assurance des bâtiments de Berne (AIB) propose un portail similaire. Celui-ci contient une carte des dangers très récente concernant les crues et le ruissellement de surface, accessible sur le site du Service spécialisé dangers naturels.

Il est important de noter que ces cartes indiquent exclusivement le danger, c’est-à-dire la source potentielle d’un événement naturel tel qu’une crue, un glissement de terrain ou une avalanche. Elles ne fournissent toutefois aucune indication sur le risque. En effet, le risque correspond à la combinaison de la probabilité qu’un danger se produise et de l’ampleur des dommages potentiels. Ainsi, une maison peut se trouver dans une zone inondable tout en étant exposée à un risque faible, par exemple si elle est construite sur un talus artificiellement surélevé. Dans ce cas, le danger est bien présent, mais le risque est nul.

Que montre exactement une carte des dangers ? Et dans quelle mesure ces évaluations sont-elles fiables au niveau local ?

Il existe une multitude de cartes qui répertorient la présence et la fréquence des dangers naturels. Les plus connues sont les cartes des dangers mentionnées précédemment. Elles indiquent les dangers naturels liés à la gravité susceptibles de se produire dans les zones urbanisées. Parmi ceux-ci figurent les crues, les glissements de terrain, les avalanches ainsi que les phénomènes de chute tels que les chutes de pierres ou les éboulements. Des spécialistes établissent ces cartes et leur élaboration est très complexe. Elles s’appuient sur des modèles informatiques qu'ils calculent, vérifient sur le terrain et recoupent avec des événements historiques.

Outre ces cartes des dangers, il existe également des cartes d’exposition, comme celle déjà mentionnée concernant le ruissellement de surface en cas de fortes pluies. Celles-ci reposent exclusivement sur des modèles informatiques. Elles indiquent, à l’échelle nationale, les zones susceptibles d’être inondées en cas de précipitations intenses. Pour les dangers naturels tels que la grêle et les tempêtes, il existe également des données fiables sur la fréquence et l’intensité de ces événements.

Quels sont les dangers naturels les plus fréquents dans le canton de Berne ? Et lesquels causent les dégâts les plus importants ?

Le canton de Berne est particulièrement exposé aux dangers naturels : on y retrouve tous les dangers connus en Suisse. La majeure partie des dommages causés aux bâtiments, soit environ 95%, est due aux crues, au ruissellement, à la grêle et au vent. Les 5% restants sont imputables aux avalanches, aux glissements de terrain spontanés et aux chutes de pierres ou aux éboulements.

Des séismes se produisent également dans le canton de Berne. À l’échelle nationale, les spécialistes les considèrent comme le risque naturel présentant le plus grand danger, c’est-à-dire susceptible d’entraîner des dégâts particulièrement importants. Bon à savoir : en Suisse, les assurances cantonales des bâtiments ne couvrent généralement pas les dommages causés par les séismes. Il faut donc souscrire des assurances complémentaires.

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Dans quelle mesure est-ce que le risque de tremblement de terre réel en Suisse, notamment dans les régions situées en dehors des Alpes ?

En Suisse, la terre tremble plusieurs centaines de fois par an, mais seulement quelques-uns de ces séismes sont remarqués par la population. À l’échelle européenne, le risque sismique en Suisse se situe dans la moyenne. Les séismes de forte magnitude sont certes rares, mais ils peuvent en principe se produire partout, y compris en dehors des Alpes. Le risque varie selon les régions. Le Valais est la région la plus exposée, suivie de la région de Bâle, des Grisons, de la vallée du Rhin saint-galloise, de la Suisse centrale, puis du reste du pays.

Aucune région de Suisse n’est à l’abri du risque sismique. Les séismes pouvant causer des dégâts très importants, le risque en Suisse est considéré comme élevé. Selon le modèle de la Confédération, il faut s’attendre, sur une période de 100 ans, à des dommages aux bâtiments et à leur contenu d’un montant compris entre 11 et 44 milliards de francs.

Les épisodes de grêle et de tempête surviennent souvent de manière soudaine. Comment s'en prémunir en tant que propriétaire, que ce soit sur le plan architectural ou organisationnel ?

La protection contre les dangers naturels commence idéalement dès la phase de construction. Les normes qui définissent des exigences précises, constituent à cet égard une base importante. Parmi celles-ci figurent notamment la norme SIA 261 relative au vent ou la norme SIA 261/1 relative à la protection contre la grêle. Le registre de la grêle est également utile lors de la conception. Il fournit des informations sur la résistance de certains éléments de construction face à la grêle.

Même pour les bâtiments existants, vous pouvez améliorer la protection a posteriori. Citons par exemple le système de commande automatique des brise-soleil orientables, qui les relève automatiquement en cas de risque de grêle. Les brise-soleil orientables sont nettement plus vulnérables aux dégâts causés par la grêle que les vitres. Ces dernières ne subissent généralement des dommages qu’à partir de grêlons d’un diamètre de quatre centimètres ou plus.

L’Assurance immobilière de Berne (AIB) apporte un soutien financier aux mesures de protection préventives. Si une solution architecturale répond à ses exigences, elle prend par exemple entièrement en charge les coûts de la protection contre la grêle des brise-soleil orientables. Vous trouverez de plus amples informations à ce sujet sur le site Service spécialisé dangers naturels.

Outre les mesures architecturales, il existe de nombreux conseils simples pour se protéger sur le plan organisationnel. Il s’agit notamment de fermer à temps les fenêtres, les volets et les portes, d’arrimer les objets non fixés dans le jardin et de mettre les personnes et les animaux en sécurité. Pour pouvoir réagir à temps, il est utile d’utiliser des applications météo telles que « Alarme-Météo ». Le site internet du Centre spécialisé dans les risques naturels propose également un aperçu complet de toutes les mesures de protection.

Que peut-on faire concrètement pour mieux protéger un bâtiment contre les inondations, par exemple dans les zones à risque situées le long des ruisseaux ou des rivières ?

La première étape consiste à bien connaître votre propre situation de risque. Les cartes des dangers et des risques mentionnées précédemment vous sont utiles à cet égard. Une fois le danger identifié, mettez en place un concept de protection adapté. Des approches existent en matière de mesures structurelles et organisationnelles pour éviter autant que possible les dégâts : la protection, l’étanchéification ou ce qu’on appelle la « prévention humide ». Cette dernière vise à anticiper les inondations dès la construction et l’aménagement des étages inférieurs, afin que le montant des dommages reste aussi faible que possible en cas d’urgence.

L’élaboration d’un tel concept de protection nécessite des connaissances spécialisées et une planification minutieuse. L’Assurance immobilière de Berne (AIB) apporte son soutien aux propriétaires immobiliers dans cette démarche. Elle met à leur disposition un expert en dangers naturels et prend en charge 80% des frais de conseil. Les 20% restants sont à la charge du propriétaire. En contrepartie, celui-ci bénéficie d’un concept de protection professionnel et sur mesure, qu’il pourra mettre en œuvre.

D’autres assurances immobilières cantonales proposent également des offres similaires de conseil et de soutien. Dans les cantons où l’assurance immobilière n’est pas obligatoire, ce sont souvent la commune ou le canton lui-même qui sont les interlocuteurs appropriés. Il vaut en tout cas la peine de solliciter de l’aide dès que possible.

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On entend de plus en plus souvent parler de coulées de boue soudaines, d’éboulements ou d’inondations locales. Dans quelle mesure ces phénomènes sont-ils réellement en augmentation, y compris dans le Mittelland ?

C’est une question difficile. À la suite d’événements exceptionnels tels que la coulée de boue à Brienz ou l’éboulement à Blatten, on se demande s’ils sont une conséquence du changement climatique. Or, on ne peut pas attribuer directement des événements météorologiques extrêmes isolés au changement climatique. Pour cela, il faut disposer de séries de mesures sur le long terme. Les scientifiques ont toutefois démontré l’augmentation et l’intensité des épisodes de fortes pluies. Ceux-ci entraînent un ruissellement de surface accru et causent d’importants dégâts, en particulier sur le Plateau. C’est ce que montre déjà l’analyse des risques liés à l’eau. Le canton de Berne a réalisé cette dernière en ne tenant pas encore compte des conséquences du changement climatique.

Le service spécialisé dans les dangers naturels de l’Assurance immobilière de Berne (AIB) a synthétisé différentes études scientifiques et s’est efforcé d’estimer l’évolution future des dommages. Cette méta-étude montre que l’augmentation attendue des dommages dus au ruissellement de surface n’est pas uniquement imputable au changement climatique. En effet, l’imperméabilisation croissante des sols due à des besoins fonciers grandissants, ainsi que les méthodes de construction coûteuses et vulnérables, constituent des facteurs de coûts au moins aussi importants.

Quelles sont les répercussions du changement climatique sur la répartition et l’intensité des dangers naturels dans le canton de Berne ?

Nous en savons encore peu sur les répercussions concrètes du changement climatique sur les dangers naturels. Les spécialistes estiment toutefois comme très probable l’augmentation mentionnée plus haut des pluies torrentielles et du ruissellement de surface qui en découle. De plus, il faut s’attendre à ce que les périodes de sécheresse soient plus fréquentes, ce qui augmente le risque d’incendies de forêt. Ces évolutions concernent l’ensemble du territoire cantonal. Dans les Alpes, c’est-à-dire à des altitudes supérieures à 2000 mètres, le risque de coulées de boue ainsi que de phénomènes spontanés liés aux pentes, tels que les glissements de terrain et les chutes de pierres, augmente.

Par ailleurs, le recul des glaciers entraîne la formation de nouveaux lacs, susceptibles de provoquer des inondations dans les zones situées en contrebas. En ce qui concerne les dangers naturels d’origine météorologique tels que le vent et la grêle, aucune tendance scientifiquement prouvée n’est perceptible à ce jour. Certaines études laissent toutefois entrevoir une possible augmentation.

Quelles sont concrètement les missions du service spécialisé dans les dangers naturels de l'AIB ? Apportez-vous également votre soutien aux communes ou à des projets de construction ?

Le service spécialisé dans les dangers naturels de l’Assurance immobilière de Berne (AIB) aide les propriétaires à se protéger de manière ciblée contre les dangers naturels et s’engage à réduire les risques élevés. Grâce à ces mesures préventives, l'AIB, en tant qu’assurance solidaire, est en mesure de proposer des primes basses à long terme.

L'AIB atteint cet objectif grâce à une multitude d’outils. L’un des plus importants est le système de subventions. Le service spécialisé apporte un soutien financier aux propriétaires pour la planification et la mise en œuvre volontaire de mesures de protection. Dans certains cas, les communes peuvent également bénéficier de subventions. Pour les nouvelles constructions, le service spécialisé recommande l’application des normes SIA 261 et SIA 261/1, qui régissent la construction en tenant compte des dangers naturels.

Existe-t-il des exemples concrets où des mesures de prévention ont permis d’éviter des dégâts importants ?

Prenons l’exemple concret d’un hall de production dont de nombreuses coupoles en plastique ont été percées dans le toit à la suite d’une violente tempête de grêle. Ces coupoles en plastique sont particulièrement vulnérables aux impacts. Afin d’éviter de tels dommages à l’avenir, l’entreprise a installé des grilles de protection. Elles empêchent non seulement la pénétration de l’eau de pluie et les dommages consécutifs qui en découlent, mais offrent également une protection contre les chutes si des personnes se trouvent sur le toit.

Cette mesure s’est également avérée rentable sur le plan économique : le rapport coûts-bénéfices est légèrement supérieur à trois. Cela signifie que chaque franc investi dans cette mesure de protection a potentiellement permis d’éviter trois francs de dommages.

Avez-vous l’impression, dans votre travail, que la prise de conscience de la population face aux risques naturels a évolué ? Ou bien beaucoup de gens refusent-ils d’envisager ce risque, en se disant : « Ça n’arrive toujours qu’aux autres » ?

Les événements exceptionnels, comme celui de Blatten, n’entraînent généralement pas de changement de durabilité du comportement : la prise de conscience des propriétaires n’évolue guère.

Il en va autrement lorsque des personnes sont directement touchées ou lorsqu’un sinistre s’est produit dans leur entourage immédiat. Dans de tels moments, une « fenêtre d’opportunité » s’ouvre, propice à la prévention. Le propriétaire est alors souvent disposé à réfléchir à des mesures de protection et à agir activement pour parer au danger.

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